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Les grades du thé

Comprendre les secrets de classification

Le monde du thé est un univers de subtilités. Derrière chaque tasse se cache une histoire, une géographie, un savoir-faire, des femmes et des hommes. Pourtant, pour le commerce international, il a fallu inventer un langage commun : les grades de thé. Ces mentions mystérieuses – OP, FOP, TGFOP – fascinent autant qu’elles interrogent. Découvrons ensemble ce qu’elles signifient vraiment.

1. Aux origines du grading

1.1 La chine impériale et les premières hiérarchies

En Chine, le thé est consommé depuis plus de deux millénaires. D’abord médecine, il devient raffinement sous la dynastie Tang (618-907). Déjà, on distinguait les récoltes précoces – bourgeons tendres cueillis au printemps – des feuilles plus grossières de l’été. Les plus beaux crus, souvent issus de montagnes brumeuses, étaient réservés à l’empereur en tribut.

1.2 Qquand le thé conquiert l’europe

Au XVIIᵉ siècle, les navires des Compagnies des Indes transportent le thé jusqu’aux salons européens. Les marchands occidentaux, déroutés par la poésie des appellations chinoises, simplifient les repères. Ainsi apparaît le mot Pekoe, dérivé du chinois bai hao (“poil blanc”), qui désigne le duvet argenté des jeunes bourgeons.

1.3 La standardisation coloniale

Avec l’essor des plantations en Assam (1834) et à Ceylan (1867), les Britanniques créent un système de grading destiné aux enchères de Calcutta et de Londres. Ce code ne décrit pas les arômes, mais la taille de la feuille et la présence de bourgeons. De là naissent les abréviations toujours utilisées aujourd’hui : OP, FOP, TGFOP…

1.4 Des traditions variées
  • En Chine et au Japon, la hiérarchie s’appuie sur la provenance, la saison et le type de cueillette.
  • En Inde, Sri Lanka, Kenya, le système colonial domine encore, très pratique pour l’export.
  • En Occident, longtemps rassurés par ces abréviations, les amateurs se tournent désormais vers d’autres critères : terroir, récolte, certification bio.
1.5 Aujourd’hui

Aux enchères de Calcutta, Colombo ou Mombasa, le grading reste la règle. Mais dans les boutiques spécialisées et sur les sites e-commerce, les clients s’attachent davantage au terroir, à la fraîcheur de la récolte et aux méthodes de culture. Le grade demeure utile pour décrire la morphologie d’un thé, mais ne suffit plus à lui seul.

2. Des systèmes multiples selon les origines

2.1 La chine : poésie et terroir

Ici, pas de sigles. Les thés sont classés selon :

  • leur origine (Long Jing, Bi Luo Chun, Da Hong Pao…),
  • la saison (Ming Qian, récolte avant Qingming, étant la plus prestigieuse),
  • la cueillette (bourgeon seul, bourgeon + 1 feuille, etc.),
  • la transformation (vapeur, wok, torréfaction, galettes compressées).
2.2 Le japon : une hiérarchie nette

Le pays du soleil levant privilégie les récoltes :

  • Ichibancha (première récolte) : fraîcheur, umami.
  • Nibancha (deuxième récolte) : plus corsée, moins fine.
  • Sanbancha et Yonbancha : qualité plus modeste.
    Pour le matcha, on distingue ceremonial, premium et culinary grade, selon l’usage.
2.3 L’inde, le sri lanka et le kenya : l’héritage britannique

C’est le système des abréviations :

  • Whole leaf (feuilles entières) : OP, FOP, GFOP, TGFOP, FTGFOP, SFTGFOP.
  • Broken leaf (brisées) : BP, BOP, FBOP, TGBOP, FTGBOP.
  • Fannings et Dust : les plus petits fragments, utilisés pour sachets et thés industriels.
2.4 Taïwan et les oolongs

La hiérarchie repose sur l’oxydation, la torréfaction et surtout l’altitude. Les fameux High Mountain Tea (> 1000 m) sont réputés pour leur complexité aromatique.

2.5 Les pu-erh du yunnan

Un cas à part : classés selon le type (sheng cru ou shou cuit), l’âge (comme un millésime), et même les recettes numérotées (ex. 7542 de l’usine Menghai).

2.6 Le poids du marketing moderne

Mentions comme grand cru, impérial, premium, ou encore first flush (Darjeeling) fleurissent sur les emballages. Certaines relèvent plus de l’argument commercial que d’un véritable standard.

3. Grades des thés en feuilles entières

Les feuilles entières sont le cœur du système colonial. Quelques repères :

  • P (Pekoe) : jeunes feuilles sans bourgeon.
  • OP (Orange Pekoe) : longues feuilles fines avec bourgeon terminal.
  • FOP (Flowery Orange Pekoe) : avec des bourgeons visibles.
  • GFOP : bourgeons dorés plus nombreux.
  • TGFOP : encore plus de “tips” dorés.
  • FTGFOP : “Finest”, sélection encore plus raffinée.
  • SFTGFOP : “Special Finest”, le sommet.

Exemple : un Darjeeling First Flush FTGFOP1 : récolte de printemps, feuille d’une grande finesse, riche en bourgeons, lot n°1.

4. Grades des thés brisés

Les feuilles brisées donnent une tasse plus corsée et colorée.

  • BP (Broken Pekoe) : morceaux assez grands, goût robuste.
  • BOP (Broken Orange Pekoe) : le plus courant, infusion rapide.
  • FBOP : avec bourgeons, plus parfumé.
  • GBOP / TGBOP : plus riche en bourgeons dorés.
  • FTGBOP : le plus raffiné des brisés.

Exemple : un Assam BOP donne une tasse puissante et maltée, idéale avec un nuage de lait.

5. Fannings et poussières

Les fannings sont de petits fragments, adaptés aux sachets de bonne qualité.
Les dust (poussières) infusent quasi instantanément, donnant une liqueur sombre et tannique, prisée pour les chai indiens ou les sachets premier prix.

Le système CTC (Crush, Tear, Curl), mis au point dans les années 1930, transforme les feuilles en granules uniformes, robustes et économiques, destinées à l’industrie.

6. Grades spécifiques selon les types de thé

  • Japon : Ichibancha, Nibancha, Gyokuro, Matcha (ceremonial/premium/culinary).
  • Chine : récoltes Ming Qian, Yu Qian ; oolongs classés par oxydation, torréfaction, altitude ; pu-erh selon type et âge.
  • Inde : flushs (First, Second, Autumnal).
  • Afrique : grades CTC standardisés (BP1, PF1, Dust).
  • Thés blancs : proportion de bourgeons (Silver Needle, White Peony).
  • Thés jaunes : classés par terroir (Junshan Yinzhen, Meng Ding Huang Ya).

7. Critères de qualité réels

Le grade donne une idée de la feuille, mais la qualité dépend surtout de :

  • l’aspect : feuille entière, bourgeons dorés, couleur homogène, absence de tiges.
  • la cueillette : bourgeon + 1 feuille = le plus raffiné.
  • le terroir et l’altitude : plus la pousse est lente, plus elle est aromatique.
  • la saison : printemps (floral, frais), été (fruité, corsé), automne (rond, doux).
  • l’infusion : couleur limpide, parfum complexe, équilibre en bouche.

Un thé se juge à la longueur aromatique, à sa texture veloutée, et parfois à son énergie subtile (cha qi).

8. Les limites du système

  • Pas universel : Chine et Japon ne l’utilisent pas.
  • Morphologique uniquement : il ne dit rien du terroir ni des arômes.
  • Héritage colonial : conçu pour l’export, pas pour les connaisseurs.
  • Marketing : multiplication de superlatifs (STGFOP, EX-SFTGFOP…) qui brouillent le sens.
  • Hiérarchie trompeuse : un simple Darjeeling First Flush FOP peut valoir plus qu’un Assam SFTGFOP.

Aujourd’hui, les véritables repères sont le terroir, la cueillette, la fraîcheur et le savoir-faire.