On dit qu’un jour de vent léger, une feuille tomba dans l’eau chaude de l’empereur Shennong. le parfum monta, la première gorgée fut prise, et l’histoire du thé commença. légende ou non, une chose est sûre : bien avant de devenir boisson universelle, le thé fut un plante médicinale, une offrande, un rite.
Le thé naît d’un seul genre botanique, camellia sinensis, avec deux grandes familles :
Ces deux lignées sauvages furent domestiquées par des cueilleurs montagnards, puis par des moines et des fermiers. l’altitude, la brume, les sols acides : voilà les premiers ateliers du thé.
Dès les dynasties Han et Tang, le thé passe du remède à la boisson raffinée. on le cuit, on le broie, on le compressed en briques pour l’impôt et la route. au VIIIᵉ siècle, Lu Yu rédige le Classique du thé (Cha Jing) : naissance d’un art de préparer, de goûter, de nommer.
Au fil des siècles, les terroirs s’affirment : Long Jing, Bi Luo Chun, Da Hong Pao, Huang Shan Mao Feng… la saison (Ming Qian, avant Qingming) et la finesse de cueillette (bourgeon seul, bourgeon + 1 feuille) hiérarchisent les récoltes. le thé devient tribut impérial, symbole d’excellence.
Le thé voyage avec les moines bouddhistes vers la corée, puis le japon. il suit aussi la route du thé et des chevaux, des monts du yunnan jusqu’au tibet, où les briques de thé s’échangent contre des chevaux. dans chaque pays, il change de forme : au japon, l’ombre et la mouture donnent tencha puis matcha, qui inspireront la cérémonie du thé (chanoyu).
Au japon, l’obsession de l’ombre et de la précision façonne gyokuro et matcha. l’année s’organise autour des récoltes : ichibancha (première cueillette, la plus fine), nibancha, puis sanbancha. ici, le thé n’est pas qu’une boisson : c’est étiquette, geste, saison. le mot-clé est umami, cette douceur profonde qui tapisse le palais.
Au XVIIᵉ siècle, les compagnies des indes amènent le thé en europe. fascinés mais déroutés par les noms chinois, les négociants inventent un code simple pour le commerce : Pekoe, Orange Pekoe, Flowery OP, etc. ce grading décrit la forme des feuilles et la présence de bourgeons, pas les arômes. la tasse devient marchandise, les enchères de calcutta, colombo et, plus tard, mombasa règlent les prix.
Au XIXᵉ siècle, l’empire britannique développe de vastes plantations en assam et à ceylan (sri lanka). la variété assamica prospère, les méthodes se mécanisent avec le CTC (crush, tear, curl), qui produit des granules réguliers pour une infusion rapide. le thé s’installe dans les foyers avec les sachets, pendant que les jardins de darjeeling bâtissent leur réputation sur les first flush floraux.
Le thé n’est ni noir ni vert par nature : c’est la transformation qui décide.
Chaque méthode raconte une culture, un climat, un rythme de séchage et de feu.
Au-delà des sigles, l’identité d’un thé tient à trois axes :
Ouvrir une boîte de thé, c’est soulever un paysage : bois mouillés, fleurs blanches, fruits jaunes, noisette grillée… la première vapeur est une promesse, la seconde une mémoire. quelques grammes suffisent pour faire tenir un jardin dans une tasse.
Les origines du thé tissent une histoire de montagnes et de mers, de moines et de marchands, d’empire et d’artisans. comprendre d’où vient une feuille, comment elle a été cueillie et travaillée, c’est déjà commencer à la goûter. car le thé, avant d’être une boisson, est une rencontre : entre une plante, un lieu et un geste.