Le monde du thé est un univers de subtilités. Derrière chaque tasse se cache une histoire, une géographie, un savoir-faire, des femmes et des hommes. Pourtant, pour le commerce international, il a fallu inventer un langage commun : les grades de thé. Ces mentions mystérieuses – OP, FOP, TGFOP – fascinent autant qu’elles interrogent. Découvrons ensemble ce qu’elles signifient vraiment.
En Chine, le thé est consommé depuis plus de deux millénaires. D’abord médecine, il devient raffinement sous la dynastie Tang (618-907). Déjà, on distinguait les récoltes précoces – bourgeons tendres cueillis au printemps – des feuilles plus grossières de l’été. Les plus beaux crus, souvent issus de montagnes brumeuses, étaient réservés à l’empereur en tribut.
Au XVIIᵉ siècle, les navires des Compagnies des Indes transportent le thé jusqu’aux salons européens. Les marchands occidentaux, déroutés par la poésie des appellations chinoises, simplifient les repères. Ainsi apparaît le mot Pekoe, dérivé du chinois bai hao (“poil blanc”), qui désigne le duvet argenté des jeunes bourgeons.
Avec l’essor des plantations en Assam (1834) et à Ceylan (1867), les Britanniques créent un système de grading destiné aux enchères de Calcutta et de Londres. Ce code ne décrit pas les arômes, mais la taille de la feuille et la présence de bourgeons. De là naissent les abréviations toujours utilisées aujourd’hui : OP, FOP, TGFOP…
Aux enchères de Calcutta, Colombo ou Mombasa, le grading reste la règle. Mais dans les boutiques spécialisées et sur les sites e-commerce, les clients s’attachent davantage au terroir, à la fraîcheur de la récolte et aux méthodes de culture. Le grade demeure utile pour décrire la morphologie d’un thé, mais ne suffit plus à lui seul.
Ici, pas de sigles. Les thés sont classés selon :
Le pays du soleil levant privilégie les récoltes :
C’est le système des abréviations :
La hiérarchie repose sur l’oxydation, la torréfaction et surtout l’altitude. Les fameux High Mountain Tea (> 1000 m) sont réputés pour leur complexité aromatique.
Un cas à part : classés selon le type (sheng cru ou shou cuit), l’âge (comme un millésime), et même les recettes numérotées (ex. 7542 de l’usine Menghai).
Mentions comme grand cru, impérial, premium, ou encore first flush (Darjeeling) fleurissent sur les emballages. Certaines relèvent plus de l’argument commercial que d’un véritable standard.
Les feuilles entières sont le cœur du système colonial. Quelques repères :
Exemple : un Darjeeling First Flush FTGFOP1 : récolte de printemps, feuille d’une grande finesse, riche en bourgeons, lot n°1.
Les feuilles brisées donnent une tasse plus corsée et colorée.
Exemple : un Assam BOP donne une tasse puissante et maltée, idéale avec un nuage de lait.
Les fannings sont de petits fragments, adaptés aux sachets de bonne qualité.
Les dust (poussières) infusent quasi instantanément, donnant une liqueur sombre et tannique, prisée pour les chai indiens ou les sachets premier prix.
Le système CTC (Crush, Tear, Curl), mis au point dans les années 1930, transforme les feuilles en granules uniformes, robustes et économiques, destinées à l’industrie.
Le grade donne une idée de la feuille, mais la qualité dépend surtout de :
Un thé se juge à la longueur aromatique, à sa texture veloutée, et parfois à son énergie subtile (cha qi).
Aujourd’hui, les véritables repères sont le terroir, la cueillette, la fraîcheur et le savoir-faire.